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SAMEDI 13 SEPTEMBRE 2008 - LE PARISIEN

VISITE. Le pape Benoît XVI est arrivé hier à Paris en disant son amour pour notre pays. Ensuite, il a enchaîné

les rendez-vous, sans oublier de saluer les catholiques présents sur son chemin. Le grand rendez-vous est

pour ce matin aux Invalides avant Lourdes ce soir. Pages 2 à 5

Collège des Bernardins, Paris Ve, hier.

(AP/BENOIT TESSIER.)

« J’aime la France »

PARIS

Un bilan

de santé pour

les tout-petits

AUJOURD’HUI

18 h 30 : le pape com-

mence le chemin du jubilé

en visitant l’église du Sacré-Coeur et

le cachot de Bernadette.

 

19 h 15 : Benoît XVI se

rend ensuite à la grotte des

apparitions.

 

21 h 30 : le pape assiste à

la fin de la procession ma-

riale aux flambeaux sur l’esplanade

du Rosaire.

 

DEMAIN

10 heures : messe pour

le 150e anniversaire des

apparitions sur la prairie.A18 h 30 :

fin de la procession eucharistique.

17 h 15 : le pape ren-

contre les évêques français

à l’hémicycle Sainte-Bernadette.

 

LUNDI

8 h 45 : le pape termine

le chemin du Jubilé par

l’oratoire du Jubilé.

9 h 30 : messe avec les

malades à la basilique

Notre-Dame-du-Rosaire.

L e G a v e

L'esplanade

La grotte

de Massabielle

La crypte

La basilique

Saint-Pie-X

L'Hospice

Eglise

paroissiale

Cachot de

Bernadette

Basilique

Gare

Centre-ville

Grottes

La chapelle

de la Réconciliation

L'église

Sainte-

Bernadette

Basilique

de l'Immaculée-

Conception

Basilique

du Rosaire

L'esplanade

La crypte

Basilique

du Rosaire

 

Gave

de Pau

Aujourd’hui

Demain

 

Lundi

Grotte

des Apparitions

200 m

 

1 Hôtel des Invalides

2 Assemblée Nationale

3 Hôtel Matignon

4 Cours Albert-Ier Cours la Reine

5 Quai d’Orsay

6 Boulevard Saint-Michel

Av. de la Motte-Picquet

Bd de La Tour-Maubourg

Boulevard des Invalides

Av. de Tourville

Av. de la Bourdonnais

Avenue Rapp

Rue de Babylone Rue d'Estrées

Rue de Varenne

Rue de Bourgogne

Rue de l'Université

Place des Invalides

Place Vauban

 

Rue St-DominiqueAvenue Bosquet

Rue de l'Université

Rue Vaneau Rue de Bellechasse

Quai Anatole-France

Quai des Tuileries

Jardin des Tuileries

 

VIIe

VIIIe

aujourd’hui de 4 h 30 à 14 heures

aujourd’hui de 14 heures à 16 heures

stations fermées

interdiction de circulation

Seine

Seine

Pont Alexandre-III

Pont de la Concorde

Place de la Concorde

Pont de l'Alma

Pont des Invalides

200 m

Les restrictions de circulation

Varennes

Invalides - RER C

 

Tour-Maubourg

M

 

LE FAIT DU JOUR                                         

2                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         SAMEDI 13 SEPTEMBRE 2008

Voir notre

reportage vidéo

_ Pages 4 et 5 :

La journée du pape en photos

LIRE AUSSI

Le programme à Lourdes

Ce matin, messe aux Invalides

 

A Paris, Benoît XVI suscite

Religion. Le premier jour de la visite du Pape en France a été un succès.  A l’Elysée, ou il a été accueilli en grande pompe, son discours a été très applaudi.

Et dans les rues ou des milliers de personnes l’ont acclamé. Notamment des jeunes.

Le Parisien
LE PARISIEN - SAMEDI, 13 SEPTEMBRE 2008

 

AU PAYS de la laïcité, il

aura fallu la visite d’un

pape pour réunir dans

le même auditoire des Apersonnalités de tous

bords telles que les anciens prési-

dents Valéry Giscard d’Estaing et

Jacques Chirac, la chanteuse Nico-

letta, le socialiste Robert Badinter ou

l’intellectuel Régis Debray… Une

communion nationale qui s’est re-

trouvée jusque dans les rues de Paris

sur le passage de la papamobile.

C’est peut-être la surprise du jour

pour Benoît XVI, qu’on croyait

moins populaire que Jean-Paul II.

Dans l’avion qui l’emmenait à Paris

pour sa toute première visite, le sou-

verain pontife avait eu ce cri du

coeur :

 

« J’aime la France, la grande

culture française, l’art français ! »

Car, dans l’Hexagone, Benoît XVI,

francophile et francophone, est un

peu comme chez lui, complètement

en phase avec le concept de « laïcité

positive » défendu par Nicolas Sar-

kozy. Hier, lors d’une cérémonie en

grande pompe à l’Elysée, les deux

hommes ont tenu peu ou prou le

même discours sur la place de la reli-

gion dans la société, au risque de

provoquer l’ire du camp laïc. Si le

président de la République s’est

montré plus sobre que dans ses dis-

cours controversés du Latran et de

Riyad, il n’a rien renié sur le fond.

Comme le pape, il a insisté sur les

« racines chrétiennes de la France »

et souligné que les religions et la

« quête de spiritualité » ne sont pas

un « danger » pour la démocratie.

 

200 000 personnes attendues

 

Quelques heures plus tard, au col-

lège des Bernardins devant 700 invi-

tés, Benoît XVI a enfoncé le clou :

« Pour beaucoup, Dieu est vraiment

devenu le grand inconnu. » Ajoutant

qu’une culture sans Dieu reviendrait

à une « capitulation de la raison ».

 

Ce matin, à 10 heures, le pape re-

nouera avec la ferveur populaire :

200 000 personnes sont attendues

sur l’esplanade des Invalides pour

unemesse en plein air, avant son dé-

part pour Lourdes en fin d’après-

midi. Dans la foule, les jeunes seront

sans doute nombreux. Hier soir,

après les vêpres à la cathédrale

Notre-Dame devant 2 000 prêtres et

religieux, Benoît XVI a adressé ce

message aux 50 000 jeunes qui l’at-

tendaient sur le parvis : « Il est urgent

de parler du Christ autour de vous, à

vos familles, à vos amis ».

Philippe Baverel

et Nathalie Schuck

 

RELIGION. Le premier jour de la visite du pape en France a été un succès. A l’Elysée,

où il a été accueilli en grande pompe, son discours a été très applaudi.

Et dans les rues où des milliers de personnes l’ont acclamé. Notamment des jeunes.

 

_ 9 heures : Benoît XVI visite l’Institut de France.

_ 9 h 30 : départ en papamobile.

 

_ 10 heures : messe sur l’espla-

nade des Invalides où 200 000 pèle-

rins sont attendus ; mieux vaut être

sur place très tôt, avant 8 heures. Be-

noît XVI arrivera en papamobile par

le pont Alexandre-III. Il célébrera la

messe sous un dais de toile blanche

devant un autel en érable, créé par

des élèves menuisiers de la Fonda-

tion d’Auteuil. Douze oliviers seront

plantés devant l’autel en signe de

paix. Conçu par les architectes Jean-

Marie Duthilleul et Benoît Ferré, le

podium en bois blond chargé de

fleurs, qui s’élèvera à six mètres de

hauteur sur le rond-point des Inva-

lides, descendra vers la foule instal-

lée sur des gradins sur lesquels un

millier de prêtres prendront place.

Sur les pelouses, quatorze écrans

géants permettront de suivre la célé-

bration.

 

_ 16 h 30 : départ du pape pour

Lourdes.

_ Attention, il sera difficile de cir-

culer aujourd’hui à Paris, en raison

de la fermeture d’un large périmètre

autour des Invalides, jusqu’à

16 heures (voir notre infographie). Il

faut privilégier les transports en com-

mun… et marcher : les stations de

métro La Tour-Maubourg, Invalides

et Varennes, ainsi que la gare RER C

Invalides seront fermées au public.

 

« Je suis profondément

convaincu qu’une nou-

velle réflexion sur le vrai

sens et sur l’importance

de la laïcité est devenue

nécessaire. Il est en effet

fondamental (…) de

prendre une conscience

plus claire de la fonction

irremplaçable de la reli-

gion pour la formation

des consciences. »

 

Le pape Benoît XVI,

hier à l’Elysée.

 

« Ce serait une folie de

nous passer des religions,

une faute contre la cul-

ture et la pensée. C’est

pourquoi j’en appelle à

une laïcité positive. Une

laïcité qui respecte, qui

rassemble, qui dialogue et

pas une laïcité qui exclut

ou qui dénonce. »

 

Nicolas Sarkozy,

hier à l’Elysée.

 

LE FAIT DU JOUR                                         

SAMEDI 13 SEPTEMBRE 2008                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           3

« Le pape est

un homme

hors du

commun »

LUC FERRY,

philosophe, non-croyant

Vous avez vu Benoît XVI

vendredi matin à l’Elysée.

Quel visage de l’Eglise

incarne-t-il ?

 

_ Luc Ferry.

 

Se demander si le

pape actuel est

« réactionnaire »

ou « progres-

siste » est large-

ment absurde.

C’est une illu-

sion totale de

croire que la

personne du

pape compte

autant que celle

du chef d’Etat d’une démocratie, car

la doctrine de l’Eglise est à la fois très

solide et fort ancienne. Elle est large-

ment intouchable et mille fois plus

puissante que les individus qui l’in-

carnent. Bien sûr, certains ont eu un

rôle exceptionnel, comme Jean-

Paul II, mais ce n’est pas la règle.

 

Les Français désertent

les églises. Le déclin est-il

irrémédiable ?

 

Oui. Mais s’il y a moins de croyants

qu’avant, ils sont aussi, sans nul

doute, plus fervents. La quantité di-

minue, mais la qualité s’améliore.

Dans mon enfance, on allait à la

messe par tradition ; aujourd’hui,

c’est un choix. Il faut le vouloir.

Sont-ils en manque

de spiritualité ? Vers quoi

se tournent-ils si ce n’est

vers la religion ?

 

Je défends depuis des années l’idée

que la philosophie est une spiritua-

lité laïque, une façon de prendre en

charge la question du sens de la vie

et du salut par la raison et par soi-

même en assumant la lucidité…

plutôt que par Dieu et par la foi.

Moins la société est religieuse, plus

elle a des chances de s’intéresser à la

philosophie. C’est, je crois, ce qui se

passe aujourd’hui en France.

Selon Benoît XVI, « toute

société humaine a besoin

d’espérance, et cette

nécessité est encore plus

forte dans le monde

d’aujourd’hui (...) ».

 

Vous partagez ce constat ?

 

Non, pas du tout.D’abord parce que,

malgré tout le respect que j’ai pour le

pape, je le trouve superficiel : notre

monde est infiniment loin d’être

aussi « matérialiste » qu’on le dit. Il

est inquiet et soucieux comme ja-

mais des questions de spiritualité.

L’intérêt pour la philosophie en té-

moigne, tout comme l’incroyable

succès des JMJ (Journéesmondiales

de la jeunesse). Ensuite parce que

l’espérance n’est pas forcément une

bonne chose : elle nous fait vivre

dans le futur, comme la nostalgie et

les remords nous entraînent vers le

passé, ce qui risque de nous faire

manquer la vie présente.

Pour vous, le pape justifie

donc la religion par le besoin

qu’on en a ?

 

Et c’est vraiment la pire critique

qu’on puisse adresser à la religion,

celle dans laquelle s’engouffrent de-

puis toujours les esprits antireligieux.

Ce n’est pas parce que nous avons

besoin d’une idée qu’elle est vraie !

La plupart du temps, c’est exacte-

ment l’inverse : on invente ce qui

nous convient.

 

La venue du pape reste

un événement. Qu’en

attendent les gens ?

La religion chrétienne est une

construction grandiose. Même pour

un non-croyant comme moi, elle est

magnifique, sans égale sur le plan in-

tellectuel et historique. En outre, le

pape est de toute évidence un

homme hors du commun.

Propos recueillis par

Charles de Saint Sauveur

« Chez les juifs aussi, on assiste

à un retour du religieux »

 

RICHARD PRASQUIER, président du Crif

A VENUE de Benoît XVI en L France est suivie avec beaucoup

d’attention par la communauté juive.

« Nous avons tendance à comparer

le pape actuel à Jean-Paul II, qui a

touché au plus profond les Juifs

lorsqu’il est allé à Jérusalem en

2000, souligne Richard Prasquier,

président du Crif (Conseil représen-

tatif des institutions juives de

France). Moins connu, Benoît XVI

n’a pas le sens du geste qu’avait

Jean-Paul II. » Pour autant, la ferveur

qui accompagne la venue du chef de

l’Eglise catholique en France ne sur-

prend pasRichard Prasquier : «Nous

assistons, dans la communauté juive

aussi, à un retour de la religion. » A

une nuance (de taille) près : «Depuis

une quinzaine d’années, la fréquen-

tation des synagogues s’accroît »,

poursuit-il, en estimant que « la pra-

tique dans la communauté juive de

France tourne autour de 50 à 60 %,

même si tous les pratiquants ne res-

pectent pas l’ensemble des Mitzvot

(obligations religieuses) ». Un regain

du sentiment religieux que le prési-

dent du Crif attribue à « une quête de

sens mais aussi à la grande désillu-

sion actuelle vis-à-vis des religions

de la Révolution ».

 

Il se pose en défenseur

des principes de laïcité

Réagissant au discours prononcé

hier par Nicolas Sarkozy devant Be-

noît XVI sur la « laïcité positive », Ri-

chard Prasquier se pose en défen-

seur des principes de laïcité. « Ils

permettent l’expression apaisée de

toutes les croyances. C’est pourquoi

je suis partisan du maintien de la loi

de 1905 qui fait partie du génie de la

France et qui est appliquée de façon

ouverte sur le terrain par les munici-

palités. La séparation actuelle des

Eglises et de l’Etat assure la prédo-

minance des lois de la République

sur les religions. »

 

Enfin, si le pape a souligné les ra-

cines chrétiennes de la France, il ob-

serve avec satisfaction que Nicolas

Sarkozy, lui, a rappelé que la culture

française « plonge ses racines entre-

mêlées dans la pensée grecque et ju-

déo-chrétienne, dans l’héritage mé-

diéval, la Renaissance et les

Lumières ».

Ph.B.

 

Le salut de tous

les dignitaires musulmans

 

DEDALIL BOUBAKEUR, recteur de la Mosquée de Paris,

à Mohamed Moussaoui, son suc-

cesseur à la tête du Conseil fran-

çais du culte musulman (CFCM),

en passant par Lhaj Thami Breze,

président de l’Union des organisa-

tions islamiques de France

(UOIF), les représentants de l’is-

lam de France au grand complet

ont salué Benoît XVI de façon très

cordiale à l’issue de son discours

au collège des Bernardins.

 

Le succès croissant du Ramadan

en atteste, la pratique de l’islamest

à la hausse. Franck Frégosi*, spé-

cialiste de l’islam au CNRS, sou-

ligne qu’il y a « une diversification

du profil des pratiquants chez les

musulmans. La pratique reli-

gieuse concerne non seulement

les ouvriers et employés mais

aussi de plus en plus les classes

moyennes et les cadres. Beaucoup

de jeunes, qui n’ont pas eu d’édu-

cation religieuse, viennent à l’is-

lam à 20 ou 30 ans. Plus que l’ex-

pression d’une foi véritable, j’y vois

la volonté d’affirmer une apparte-

nance identitaire. »

 

Et c’est précisément sur ces

questions d’identité que Dalil

Boubakeur exprime ses réserves.

En cause : « les racines chré-

tiennes de la France », invoquées à

plusieurs reprises par Benoît XVI.

« La culture musulmane aussi a

été suffisamment présente en

France auMoyen Age.On ne peut

exclure l’apport de la civilisation

musulmane à la société fran-

çaise », ajoute, catégorique, l’ex-

président du CFCM. Ph.B.

* Auteur de « Penser l’islam dans

la laïcité » (Fayard, 2008)

une ferveur inattendue

(LP/OLIVIER CORSAN.)

PARIS (IVe),

 

HIER. Venu célébrer les vêpres à Notre-Dame de Paris, le pape a traversé une foule de jeunes catholiques dans sa papamobile.

(REUTERS/CHARLES PLATIAU.)

 

LE FAIT DU JOUR                                         

4         SAMEDI 13 SEPTEMBRE 2008

 

 

« Je ne sais pas s’il m’a vu, moi oui »

NICOLAS, père de famille, présent hier dans la foule parisienne

 

ASSIS côte à côte, image inso-

lite, Valérie-Anne Giscard d’Estaing (fille de l’ancien

président), le « curé des loubards »

GuyGilbert en Perfecto et santiags et

l’ancien « lofteur » Steevy Boulay dis-

cutent. Sous les dorures de la salle

des fêtes de l’Elysée, parée de fleurs

jaunes et blanches aux couleurs du

Vatican, des centaines d’invités at-

tendent le pape. Un carré a été ré-

servé aux VIP, loin des dignitaires re-

ligieux. Il y a là les amis du président,

Didier Barbelivien et l’homme d’af-

faires Bernard Arnault, mais aussi

Robert Hossein, Laurence Parisot,

Serge Klarsfeld ou Bertrand Dela-

noë, maire de Paris, seul socialiste.

Mais pas Jean-Marie Bigard, pour-

tant invité. Les ministres, tous pré-

sents sauf Bernard Kouchner, sont

au premier rang.

 

12 h 6 Dans l a cour , quand la Peu-

geot 607 papale franchit les

grilles, c’est l’effervescence.

 

« Garde à vous ! » Ceux qui espé-

raient voir la papamobile sont déçus.

Raide dans son costume bleu, Nico-

las Sarkozy descend jusque sur le ta-

pis accueillir son hôte. Il met un

point d’honneur à respecter l’éti-

quette, neuf mois après sa première

rencontre avec Benoît XVI à Rome,

où il avait été très critiqué pour s’être

montré trop tactile et avoir regardé

ses SMS. Direction : le bureau du

président où, après un tête-à-tête, les

deux hommes sont rejoints par la fa-

mille du couple Sarkozy : lamère du

président, Andrée dite Dadu, son fils

Pierre, la soeur de la première dame,

Consuelo, et sa mère Marisa. Jeune

marié, Jean Sarkozy n’est pas là. Tout

sourire, le couple présidentiel dé-

voile une flopée de cadeaux : une

médaille de l’Elysée, une lithogra-

phie du XIXe siècle représentant

Mozart, compositeur favori de Be-

noît XVI, un recueil original des

« Provinciales », de Blaise Pascal.

 

12 h 50 Place aux dis- cours. Au passage

du « Très Saint-Père », XavierDarcos

et Brice Hortefeux s’inclinent. Ra-

chida Dati, enceinte et célibataire,

sourit. Escorté par Sarkozy, deux fois

divorcé et remarié, Benoît XVI ne

semble pas s’offusquer…

 

17 h 26 Le pape vient tout juste de

passer. Parmi les centaines de per-

sonnes massées derrière les bar-

rières de sécurité, à l’angle du boule-

vard Saint-Germain et de la rue de

Poissy et au plus près du collège des

Bernardins, où Benoît XVI s’apprête

à prononcer son discours, c’est la dé-

ception. « Je ne l’ai pas vu, se désole

Elisabeth, 22 ans. Dans le cortège, sa

voiture est la seule avec des vitres

toutes noires. Impossible d’aperce-

voir son visage ! » Sur son tee-shirt, le

logo des JMJ 2005 et une invitation,

« Tournez-vous vers le Christ, vous

ne serez pas déçu », indiquent la fer-

veur religieuse de cette jeune Bre-

tonne qui a fait le voyage depuis

Vannes, où elle est étudiante en

droit. Avec ses deux copinesMarie et

Marion, elles aimeraient retrouver

l’ambiance festive de ces fameuses

JMJ, et le charisme de « leur » pape

Jean-Paul II. « Ce serait bien que Be-

noît XVI donne lui aussi unmessage

aux jeunes, que l’on sache quelle

place on doit occuper dans l’Eglise. »

 

17 h 45 Quelques rues plus loin, l’am-

biance est studieuse devant

l’écran géant installé le long des

quais de Seine, juste en face de

Notre-Dame. Certains, parmi la

foule, baissent la tête pour mieux

s’imprégner des paroles de Benoît

XVI. « Il est professoral, analyse

Alain, 58 ans, médecin ophtalmolo-

giste dans le quartier et catholique

« peu pratiquant ». Son message sur

la transmission, sur la parole comme

lien… ça fait réfléchir ! » Caroline,

42 ans, avocate et pratiquante, est

sortie un peu plus tôt du bureau

pour écouter le pape. « Il a parlé sé-

rieusement, mais son message est

important. Les gens sont en quête de

spiritualité. On parle beaucoup de

pouvoir d’achat en ce moment, on

est un peu perdu. On se rend compte

que le matérialisme à tout-va ne

comble pas une vie. »

 

18 h« Tu crois qu’on va le voir ? » « Aucune

chance ! » Dans le jeu de coudes

qui sévit depuis le début de l’après-

midi sur le quai de Montebello, au

pied de Notre-Dame, les groupies

petites et frêles renoncent assez vite

à être au premier rang. Chaque fois

que l’hélicoptère vrombit au-dessus

de la cathédrale, c’est la fausse alerte.

Ce sont finalement les enfants, his-

sés sur les épaules de leur papa, qui

donnent le signal : « Le voilà !!! » Le

passage de la papamobile dure une

demi-seconde, mais c’est l’extase :

rares sont ceux qui pensent à brandir

leur téléphone portable pour im-

mortaliser l’instant. L’immense ma-

jorité de la foule, amassée le long de

la Seine, savoure le moment. « Je ne

sais pas s’il m’a vu, mais, moi, je l’ai

vu », sourit Nicolas, père de famille

parisien. Le bourdon de Notre-

Dame se met à résonner. Une jeune

fille s’étonne : « C’est le glas ? »

« Penses-tu, sourit sa mère, aux

anges, c’est le bourdon, c’est très rare,

c’est pour les grandes occasions… »

A peine entendent-elles un jeune

homme barbu railler le passage de la

papamobile : « Quand on dit qu’il ne

faut pas se protéger du châtiment di-

vin avec un préservatif, on ne s’en

protège pas dans une Mercedes de

3,5 tonnes », ironise-t-il.

 

20 h 15Chaque fois que les écrans pro-

jettent l’image de la foule à

l’extérieur, les gens hurlent leur

joie d’être présents. Quand Be-

noît XVI s’adresse directement aux

jeunes, c’est le délire. Son « Je vous

fais confiance » est accueilli par des

vivats passionnés. Même quand il

leur confie solennellement « la croix

de Jésus Christ », vaguement anach-

ronique au milieu des jeans, des

Converse et des cigarettes fébrile-

ment écrasées… « Chuttt ! » enjoi-

gnent les plus sages. « Je vous bénis »,

assure en latin Benoît XVI. Les

jeunes répondent en choeur par un

« Amen » au moins aussi puissant

que le bourdon de la cathédrale, qui

repart de plus belle pour accompa-

gner la dispersion des badauds et le

début de la veillée des fidèles.

Nathalie Schuck, Aymeric Renou

et Florence Deguen

 

PALAIS DE L’ELYSEE (PARIS VIIIe), HIER.

Le président de la République a reçu son hôte

en grande pompe. (LP/PHILIPPE LAVIEILLE.)

 

AEROPORT D’ORLY (VAL-DE-MARNE), HIER.

Benoît XVI a été accueilli par Nicolas Sarkozy et son épouse.

(AFP/MARTIN BUREAU.)

 

_ COLLEGE DES

BERNARDINS

(PARIS Ve),

HIER. Valéry

Giscard d’Estaing

salue Benoît XVI,

sous les regards

de Bertrand

Delanoë, de

Xavier Darcos, de

Christine Boutin

et des époux

Chirac (de gauche

à droite).

(AFP/OLIVIER

LABAN-MATTEI.)

 

_ PALAIS

DE L’ELYSEE

(PARIS VIIIe),

HIER. Le pape et

le couple Sarkozy

ont échangé de

nombreux

cadeaux.

(AP/ERIC FEFERBERG.)

 

LE FAIT DU JOUR*

SAMEDI 13 SEPTEMBRE 2008                                                                                                                                                                   5

« Je trouve ça beau »

REMI, 25 ans, étudiant parisien

L S’EST ADOSSÉ contre une vi- I trine pourmordre dans son ham-

burger, hypnotisé par l’immense vi-

sage de Benoît XVI qui se détache

sur un écran géant. Les flèches de

Notre-Dame sont enflammées par le

coucher du soleil. Rémi, lui, l’est par

l’atmosphère. « J’y crois plus trop,

mais je trouve ça beau », avoue ce

Parisien, étudiant en droit de 25 ans.

 

« Tout ce monde, cette ambiance…

Il faut avoir vu ça au moins une fois

dans sa vie. » Le jeune homme

n’avait pas prévu cette halte, mais

l’événement l’a happé.

 

« Toute la journée, j’ai travaillé

dans un café du quartier et j’ai vu les

gens défiler. Tous les âges, tous les

styles, toutes les couleurs… On est

loin de la caricature de la jeune fille

scout ou du jeune homme avec le

pull jeté sur les épaules. Je croyais les

Français détachés du catholicisme,

mais la ferveur est encore bien là ! »,

constate Rémi. Lui confesse fré-

quenter l’église une fois par an, à

Noël, avoir eu beaucoup de peine à

la mort de Jean-Paul II et bien des

doutes sur son successeur. « De Be-

noît XVI, je ne connais que l’image

que l’on nous en donne : conserva-

teur, réac, vieux. Mais finalement,

quand je vois ça… »

Florence Deguen

 

Elles ont passé la nuit aux Invalides

LLES auraient pu dormir à E deux pas de là, dans des lits

confortables. Mais hier soir, c’est

sur la pelouse des Invalides

qu’Inès, 21 ans, et Aude, 20 ans,

ont posé leurs duvets. Accompa-

gnées d’une dizaine d’amis, de

quelques sachets de chips et de

bouteilles de bière, ces deux jeunes

filles blondes voulaient passer une

nuit particulière avant lamesse que

célébrera Benoît XVI ce matin.

 

« C’est un événement, explique

Inès. En étant là cette nuit, on a

l’impression de vivre le truc plus

fortement. » « Toute la journée, on a

vu des prêtres et des jeunes se diri-

ger vers Notre-Dame, renchérit

Aude. C’est impressionnant de se

dire que tous les catholiques se

réunissent. » Passées par les écoles

privées et nourries de scoutisme,

Inès et Aude sèchent parfois la

messe le dimanche. En participant

à ce rassemblement, elles enten-

dent « montrer que les catholiques

sont encore là ». « Et puis, on est

aussi contents de faire la fête », re-

connaît Inès dans un large sourire.

Catherine Balle

 

QUAI DE MONTEBELLO

(PARIS Ve), HIER. Rémi

a découvert le vrai visage de

Benoît XVI. (LP/PHILIPPE LAVIEILLE.)

 

PELOUSE DES INVALIDES (PARIS VIIe), HIER SOIR. Inès

et Aude avaient décidé de dormir là pour vivre plus intensément

l’événement. (LP/OLIVIER CORSAN.)

 

PARVIS DE NOTRE-DAME (PARIS IVe), HIER. De nombreux fidèles se sont rassemblés pour le salut aux jeunes

donné après la cérémonie. (LP/PHILIPPE LAVIEILLE.)

 

_ CATHEDRALE NOTRE-DAME (PARIS IVe),

HIER. A la fin de l’office, le souverain pontife est assailli par la foule.

(REUTERS/PHILIPPE WOJAZER.)

 

CATHEDRALE NOTRE-DAME (PARIS IVe), HIER.

Le Saint-Père a célébré les vêpres, l’office du soir.

(REUTERS/ALBERTO PIZZOLI.)

 

_PELOUSE DES INVALIDES

(PARIS VIIe),

HIER SOIR,

23 h 30. Des

jeunes catholiques

avaient choisi de

camper aux

Invalides où

Benoît XVI

célébrera une

messe ce

matin.

(LP/OLIVIER

CORSAN.)

 

 

SAMEDI, 13 SEPTEMBRE 2008 - LE PARISIEN


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